Marie Jos Marlagé

Texte de Diane de Margerie, Exposition du Musée de NogentleRotrou, 2000

Marie José MALARGÉ a choisi de vivre en Beauce, là où le ciel rencontre et dévore la terre. Pourtant, les champs et les clochers résistent. Ainsi les gouaches que nous regardons aujourd'hui se placent à la jonction de la réalité terrestre et du trait de plume presque immatériel qui l'incarne. Car Marie José MALARGÉ trempe ses petits porte-plumes acérés dans des pots de gouache de couleur et trace tout d'abord un fond légèrement orangé, uniforme. De cette paroi vont émerger ce qu'elle choisit d'éclairer et d'approfondir. Se développent devant nous des grains de raisin translucides, des capucines dont on sent presque l'odeur des feuilles, des pavots qui montrent leur cœur prédateur (une capsule y surgit, l'air d'une araignée, comme un leurre pour d'autres insectes) ; des pois de senteur légers, légers, qui dansent: pourtant leurs pétales ont une texture tangible, comme celle des iris qui se dénudent, fragiles, complexes, que l'on a envie de froisser entre les doigts tant, déjà, on peut sentir l'eau parfumée qui les irrigue. Tout le vocabulaire qui vient à l'esprit pour décrire ce monde végétal est tissé de termes humains tant ici la croissance des fleurs ou des fruits évoque celle de nos corps. Nous sommes cette chair ; elle est notre peau. Même les fruits cueillis, posés, comme les courges blanches qui ont la tranquillité pure des porcelaines chinoises, ont un détail qui nous concerne : leurs tiges se tordent un peu, légèrement noircies par nos peurs. Ce que dit vraiment cette peinture, c'est que rien n'est statique.Tout doit s'accroître, s'ouvrir, se développer; pour la décrire, il faudrait forger un verbe neuf qui restitue la sensation de mûrir-en-silence-loin-du-béton. Vue de près, ce que cette œuvre recompose se décompose en petits signes grouillants. Car Marie José ne trace pas de contours. Tout ce qu'elle peint naît de traits de plume, fins et aérés, qui vibrent comme un vol d'insectes. Sereinement indépendante, charnelle, voluptueuse même, cette œuvre qui montre la surface bombée de la nature exige, au même instant, une autre vision qui plonge, indiscrète, à l'intérieur du créé. Intimité secrète, enfouie, des organes ; extérieur lisible, faussement lisse : deux faces d'une même vérité que l'artiste lucide débusque un peu plus tous les jours à la lumière de son travail et de son trajet.